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 Noir, sous l'ombre des feuillages [LIBRE]

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Peiphen Haggendorf
Chasseur d’Horizons


Messages: 3

MessageSujet: Noir, sous l'ombre des feuillages [LIBRE]   Dim 5 Fév - 17:42

Corbeau. Le noir d'un plumage, d'un bec, d'un œil. La bien laide majesté d'un large charognard. Corbeau. L'oiseau au coassement perfide, rieur, qui s'était bien trop souvent moqué. Le corbeau, il assombrissait pupilles, sang et idées, d'un petit bonhomme, haut comme une plume, qui ne demandait que joie.
L'allié du seul vrai ennemi. Le mangeur d'horizons.
La tête pleine de liquide visqueux, plongeant dans des entrailles, avec délectation. Quelle horreur.


***


Bien des lieux n'avaient pas encore été visités par Peiphen. Bien trop ! Il voulait aller partout, voler au dessus de chaque champs, de chaque bâtisse, de chaque parcelle de terre, parce que si un seul petit détail lui échappait, il pourrait passer à côté d'un moyen de parvenir à son but. Et ça, c'est la dernière chose qu'il ferait. Tous ses actes, toutes ses pensées les plus profondes tournaient, à l'obsession, autour de sa seule envie. Jamais il ne ferait quoi que ce soit qui l’empêcherait de l'atteindre.
Jamais il ne permettrait à ce monde maudit de lui prendre la vie, tant qu'il ne lui rendrait pas ce qui lui appartenait. Et cela, il l'affirmait, du haut de sa taille d'écureuil, étant conscient de sa force de mouche.

Peiphen avait passé toute sa vie sur Werrsa, c'est pourquoi sa lubie actuelle était d'arriver jusqu'à Wyce. Après avoir demandé le chemin à plusieurs personnes à la taverne d'Amsterios, il avait du esquiver des tabourets volants, conséquence d'un litige entre deux colosses à propos d'une serveuse, qui se trouvaient assez terrifiée à ce propos, pour sortir de la beuverie. Puis, prenant le chemin, de nombreux marchands louches lui avaient proposé de le "déposer". Sceptique et bien trop fier pour se faire aider, Peiphen avait vigoureusement refusé chacune des propositions, allant parfois jusqu'à user d'insultes, sur des pauvres innocents pleins de bonne volonté... Orgueil de Pixie.
Il avait d'abord songé à traverser le lac intérieur, en volant par dessus, à la manière des mouettes. Mais quand on lui avait révélé la taille de ce dernier, à l'aide d'une estimation de marin d'eau douce, le Haggendorf avait froncé les sourcils, et sa nouvelle route fut celle qui menait à la forêt de palmiers d'Estria. Il ne donna pas l'explication de cette décision.

- OUAAAAAAAAAAAH !

Hurlait le petit Pixie avant que son corps ne vienne s'écraser contre un tronc. A moitié assommé, il s'agrippa à l'écorce avec ses minuscules doigts, et jugea de la hauteur vertigineuse à laquelle il était posté (hauteur vertigineuse pas spécialement vertigineuse pour un homme normal) d'un air peu rassuré.

- Bon sang qu'est-ce qu'il foutait là cet arbre pourri ? C'est pas vrai ça !

Grognait le Haggendorf, à l'encontre du pauvre végétal, qui n'avait, après tout, jamais bougé durant toute sa vie, et à qui nous pouvions accorder l'injustice de cette accusation douteuse. D'autant que si Peiphen se trouvait dans une telle situation, c'était bien uniquement de sa faute, à avoir voulu se donner de la vitesse en utilisant l'élasticité d'une étrange liane, dont il s'était servi, quelques instants plus tôt, pour se propulser à travers les bois.
Quoi qu'il en soit, le Pixie du se dépêtrer de ce pétrin. A l'aide de ses petites ailes, un peu affaiblies par l'expérience qu'elles venaient de vivre, il se laissa choir, porté par le vent, jusqu'aux feuilles d'un autre arbuste, moins grand.
Il y trouva quelques étranges fruits gris, qu'il prit soin de cueillir pour les fourrer dans sa sacoche, émerveillé par leur mystérieuse couleur. Et alors, ses yeux retombèrent sur le paysage.

Le ciel bleu rougissait, timide devant les rayons du soleil levant. Quelques nuages blancs zébraient la voûte céleste, cachés parfois, par les longs feuillages des palmiers. Ces derniers s'étendaient à perte de vue, et frissonnaient de la brise matinale. Paisible. Calme. Sans doute un peu trop.

Peiphen se releva de ses rêveries, alors qu'un bruit se faisait entendre à droite. Il réalisa alors qu'il ne savait absolument plus dans quelle direction il devait aller, totalement désorienté par la claque qu'il venait de prendre. En réponse à cette prise de conscience, le petit être parla tout seul, très vite, quelques secondes, marmonnant des propos que seul lui entendrait et pourrait comprendre en toute logique : Si l'arbre sur lequel gigotait Peiphen Haggendorf avait des sourcils, il était évident qu'il les aurait haussé face à de tels dires.

- Rah ! Faut que je demande à quelqu'un...

Conclut le Pixie. C'est alors, seulement, qu'il s'intéressa au bruit qu'il avait entendu à droite. Tournant ses pupilles.
Une silhouette se tenait là, avançant, d'un pas calme et déterminé, de dos. Quelqu'un.
Aussitôt, bondissant de son lit de verdure, Peiphen se mit à crier :

- Hey ! Vous ne saur...

Il arrêta sa phrase immédiatement, mit les mains sur sa bouche. Les yeux horrifiés. Il retomba dans sa cachette de feuilles et se recroquevilla. Alors il regarda à nouveau, passant un œil entre des branches. Oui, c'était bien ça.
Un cadavre jonchait le sol, derrière la personne qui avançait de dos. Un cadavre ignoble, meurtrit, sanglant, démembré. De toute évidence tué par celui ou celle qui montrait son dos.
Quelqu'un d'autre reculait et trébuchait, un peu plus loin, l'air terrifié, face au tueur, qui avançait vers lui. Il suppliait pour qu'il soit épargné. Et encore un dernier bonhomme s'enfuyait à toutes jambes, prenant un autre chemin, par la gauche, sautant par dessus les fougères et les racines. Peiphen pensait à un règlement de compte, ou quelque chose de ce type. Que le tueur avait donné rendez-vous à ces trois personnes, afin de les tuer une à une.

Quoi qu'il en soit, il priait pour ne pas qu'on le repère. Le Pixie n'avait rien à voir dans cette histoire, il ne voulait pas d'ennuis.

Et c'est alors que toute l'attention de Peiphen Haggendorf retomba sur un détail. Un bruit de battement d'ailes.
Se posant sous l'ombre des feuillages, un corbeau. Le corbeau, il s'approcha du cadavre.
Le Pixie déglutit plusieurs fois, et ses dents grincèrent.

_____________________________________________


Invidia, Ô Invidia, donne moi l'espoir, rend moi le désir,
De cracher mon mal dans la gueule de ces chiens,
Qui devraient avoir honte, de bénéficier d'un ridicule plaisir.

Que pourront-ils me dire, Invidia, si je viens réclamer mon dû ?
Rien. Ils ne pourront que mourir.
Effaçant leur rire hideux, perçant leurs yeux chanceux
Qui voyaient l'horizon.

Invidia, Ô Invidia, donne moi l'envie de récupérer mes horizons,
Afin de chasser tous leurs horizons.
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Meryle Ombrume
Reine-Mère des Ombrumes


Messages: 28

MessageSujet: Re: Noir, sous l'ombre des feuillages [LIBRE]   Lun 13 Fév - 0:26

Le ciel était sombre, le soleil ne filtrait pas sur la palmerais naturelle que formait Estria. Noir, sous l'ombre des feuillages.
Noir comme le plumage de l'oiseau perfide et sentencieux qui se délectait des restes d'un repas vengeur et meurtrier, laissé là, à même le sol.
Nés de la poussière, nous retournerons tous poussière un jour ; Nous retournons à la terre, celle qui nous à nourrie et qui nous à portée... Mais qui de l'arbre ou de la pierre tombale naitra de votre cadavre ? La fertiliserez-vous, ou la rendrez-vous stérile par un roc solennel posé là ? Quelle égoïsme exacerbé que celui de se faire apposé une relique rocheuse pour marquer d'une croix, le lieu de sa décrépitude ! A mes yeux rien de pis, je laisserais donc choir là, le tableau sanglant de mes massacres minutieux.

Un Ombrume retourne à la terre, reviens à l'écorce, à l'humus, à l'eau des sources et aux feuilles mortes, quand vient sa fin. Mais ce jour là, trop d'Ombrumes à mon goût étaient retournés à la nature, et bien trop tôt pour leurs âges. Trop de mes fils et de mes filles avaient succombé sous l'injustice des lâches et des menteurs... Quelques hommes, quelques chasseurs avaient, en une nuit, abattu une portée de mes enfants à eux seuls, par traîtrise. Et l'idée que ces chasseurs soient de mon sang m'avait retourné l'estomac. Ils allaient périrent sous mes crocs, j'allais leur donner la mort, comme je leur avaient donné la vie 100 ans plus tôt. Les traîtres dans notre famille ne peuvent aspirer à une longue vie une fois leur crime commis. Le mensonge ne paie pas, et parmi les Ombrumes, il devient mortel... Trahir sa propre famille, son propre sang, son propre frère, revient à signer son arrêt de mort ; mort que j'ai tendance à infligée moi même.

Ce jour là, mon appel les avaient conduis au gibet. Réunis ici pour mourir, toutes supplications restaient à mes oreilles bien veines...

-M....Mère je .... Nous .... Nous ne pouvions pas les laisser en vie !!! Ils .. ils auraient trahis ...!! je... vous promet, je vous l'jure !! ... -bégayait l'homme en face de moi, rampant au sol, terrifié- M...Mère .. Pi...Pitié je .... Je peux tout expliquer !!!!

Je ne répondais pas. Je n'en avait pas besoin, il savait qu'il était perdu. Je m'avançais vers lui. Pas à pas la mort s'amène... le sang de son compagnon moribond coulait de mes lèvres déjà... Encore chaud. Et mes yeux rougeoyants lançaient des appels assassins, reflétant une haine sans nom. Mon visage n'avais pas besoin d'être expressif. Il paraissait surement d'ailleurs presque apaisé et très calme. J'étais toujours ainsi. Mes yeux parlaient généralement pour moi.

-M....mère .... supplia mon fils presque larmoyant, surement terrifié d'avoir été abandonné lâchement par son frère qui s'était enfuis à toutes jambes quelques minutes plus tôt.

Ma voix doucereuse et tendre susurra alors d'un ton trop conciliant pour être rassurant :

- Et bien .... Qui a t-il mon fils ....? T'inquièterais tu pour ton cher frère en fuite ....? ... Voyons mon amour... Ne t'inquiète de rien....Je le retrouverais tôt ou tard lui aussi ...quand je me serais occupée de toi, mon ange .....

Dis je alors en levant une main délicatement qui sembla à distance soulever l'homme à la gorge, qui hurla alors sous la surprise et la peur, l'écartant du sol dans une étreinte invisible, malgré ses débattements vains.



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